La classe de Mlle Shiel, racontée par Carl Rogers

Liberté pour apprendre, de Carl Rogers

J’ai été très touchée par ma dernière lecture.

Plongée en ce moment dans Liberté pour apprendre de Carl Rogers (Freedom to learn, 1969), je n’ai même pas la patience d’attendre la fin du livre avant de parler ici du premier chapitre !

Carl Rogers nous y livre simplement le journal d’une institutrice, Mlle Shiel, qui a décidé d’expérimenter un nouveau mode d’apprentissage dans sa classe : la liberté ! En charge d’une classe de “6ème” élémentaire (enfants de 11 ans), elle se sentait débordée par les questions de discipline et sentait que cette “mauvaise ambiance” empêchait tout le monde d’entrer dans une dynamique positive d’apprentissage. En tant que professeur des écoles, je sais bien sûr de quoi elle parle : ce problème concerne quasiment toutes les classes, quelle que soit l’école et le “milieu” des élèves.

 

La discipline, éternel poison

La discipline rend tout difficile, qui rend insolents les élèves et malhonnêtes les professeurs. Car au moment de gronder bien sûr, on fait semblant d’être un exemple, de ne pas comprendre ce comportement perturbateur, d’être outrée ! Comme c’est hypocrite, quand on pense aux 400 coups qu’on a fait à leur âge ! Cette situation du professeur qui crie et de l’élève qui se défend n’est pas naturelle, c’est évident : c’est une relation déséquilibrée et déséquilibrante qui n’a pas lieu d’être. Mais on ne sait pas comment faire autrement… Avec la meilleure volonté du monde, on n’en gagne pas pour autant en “autorité naturelle” (comme on entend parfois !) et on ne peut pas laisser un élève mettre le bazar dans toute la classe…

 

L’expérience de Miss Shiel

Miss Shiel a connu les même problématiques que tous les enseignants et a décidé de faire une expérimentation : elle a laissé ses élèves libres.
Et pour cela elle leur a d’abord donné des contraintes ! Des contraintes auxquelles elle ne pouvait pas échapper : les programmes et les bulletins, en particulier. Les élèves étaient libres, mais dans le cadre spécifique de leur école et de leur pays. Ils ont eu une réelle autonomie dans leurs apprentissages car ils ont pu choisir eux-mêmes (et individuellement) leur rythme, leurs objectifs journaliers, leurs activités “annexes”… Je ne peux pas vous donner tous les détails ici : la lecture du texte vaut vraiment le coup !
Cette expérience a eu un immense succès : les élèves se sont enthousiasmés pour leurs apprentissages, ont pris de plus en plus confiance en eux et ont commencé à prendre de vraies initiatives. Ils se sont intéressés à des sujets très variés et se sont lancés dans de grandes recherches lorsqu’ils avaient envie d’approfondir un domaine particulier.
Toute l’école a été impressionnée par la nouvelle sérénité et maturité des élèves, même dans la cour de récréation où les règles n’avaient pas changé.

 

Les leçons que je tire de cette lecture

Nous les enseignants, avons le choix 
Ne nous sentons pas empêchés dans nos élans par le matériel et les (souvent préjugées) lois. Les programmes ne nous empêchent pas ne nous mouvoir librement autour d’eux, l’étroitesse des classes n’empêche pas les élèves de travailler individuellement et en autonomie : on peut faire des expériences dans des classes lambda, dans des écoles publiques, avec des élèves difficiles et/ou “assistés” (comme on entend souvent dans la salle des profs ! Alors que nous sommes les premiers à les “assister” trop justement !), avec des parents qui ne coopèrent jamais assez, etc etc. Aucune des excuses qu’on entend toujours n’est suffisante : dans nos classes nous avons la liberté pédagogique ! Ne l’oublions pas !

 

On ne donne pas de liberté sans cadre
À chaque fois que je découvre une expérience réussie d’éducation “libérée”, une chose me saute aux yeux : les règles. Présentes, structurantes, importantes. Aucune liberté ne peut se passer du cadre dans lequel elle est proposée. Il est nécessaire pour les enfants de grandir dans la conscience que les contraintes existent partout (pour les enfants comme pour les adultes !) et doivent être respectées : on ne traverse pas si le feu est rouge, on ne met pas la musique à fond à 2h du matin, on ne tape pas les autres enfants, etc etc.
Au fur et à mesure de mes lectures une sorte de petite conclusion m’est venue : des lois, mais pas d’ordres
C’est un sujet qu’il m’importait de développer et qui ne vient pas seulement de Carl Rogers et sa Miss Shiel, j’ai donc préféré vous écrire un 2ème article à ce sujet, que vous trouverez ici 🙂

 

 

Les leçons que Carl Rogers tire de cette expérience

Carl-Rogers-Person-Centered-Theory

Carl Rogers fait plusieurs commentaires sur cette expérience mais j’en relate seulement quelques uns ici :

Adhésion personnelle et lieu interne de l’évaluation

Carl Rogers remarque que la réussite de l’expérience doit tout à deux éléments essentiels :

  • Miss Shiel est impliquée personnellement dans son essai, elle y place une grande confiance et cette confiance lui est propre. “De nombreux enseignants, écrit-elle, ont repris mon idée et ont échoué. Je pense que c’est avant tout parce qu’ils n’y croyaient pas vraiment et qu’ils avaient seulement été entraînés par mon enthousiasme.”
  • Elle évalue elle-même son expérience et reste très ouverte au changement, aux retours en arrière quand elle le juge nécessaire. En fait, Carl Rogers pense que sa “méthode” ne peut pas en être une : c’est une expérience personnelle qui ne peut être qu’une inspiration. Chaque enseignant qui veut s’en inspirer doit rester seul juge de la réussite de son expérience et ne doit pas se fier à ce qui a été fait / réussi / échoué ailleurs.

 

Conscience des réalités

La nécessité de suivre les programmes et de rendre des bulletins n’est pas évincée ou ignorée, elle est prise à bras le corps par tous, enseignante et élèves. Ils cherchent ensemble une solution pour respecter le cadre tout en gagnant un maximum de liberté dans ce cadre.

Carl Rogers dit toute son admiration pour ce choix raisonnable et constructif : les contraintes font partie de la vie !

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