Devenir une nouvelle maîtresse

Attention article d’un kilomètre ! Ça y est, nous avons eu nos affectations pour la rentrée ! Non seulement j’ai un poste (j’étais persuadée d’être remplaçante), mais je serai en charge d’une classe de petite section !! Je suis trop heureuse 🙂 🙂 🙂 🙂

…et vous allez beaucoup en entendre parler ici, parce que je ne me vois pas du tout continuer sur la voie de l’IUFM, donc OUI, je vais évidemment tout faire pour que ma classe soit une classe Montessori (mais chuuut, je vais juste expliquer que je souhaite privilégier la manipulation et l’autonomie de l’enfant – on va éviter les vagues -… on verra ensuite pour rendre à Maria ses honneurs 😉 )

“Comment, en 2 mois et demi top chrono, vais-je pouvoir réunir tout le matériel nécessaire à l’installation de ma classe ?” était ma première question (et je vais vous en parler… quand j’aurais trouvé une solution 😀 ), mais la question essentielle est en fait :

Comment, en 2 mois et demi, vais-je devenir une nouvelle maîtresse ?

Si vous vous êtes également plongés dans les livres de Maria Montessori, vous avez lu ses deux éternels refrains : la transformation de l’environnement et la transformation de la maîtresse, au même titre l’un et l’autre. Mais c’est le deuxième défi qui semble relever le plus de difficultés selon elle, car c’est ce qui a fait échouer beaucoup de maîtresses qui essayaient de la suivre.

Je note pour l’instant trois points centraux sur lesquels je dois me concentrer et me former (je vais sûrement en noter d’autres d’ici la rentrée… mais chaque chose en son temps !)

 

1. “Ce qui est important, c’est que le fait se produise”

(Maria Montessori, Pédagogie scientifique, Tome 2 : éducation élémentaire)

Cette phrase est un peu barbare mais Maria Montessori l’explique très bien : la maîtresse doit prendre l’attitude d’un chercheur dans sa classe. Ce qui est important, c’est que le fait se produise, c’est-a-dire que l’enfant vive et apprenne selon son élan intérieur naturel, pour que l’on puisse l’observer.

Elle donne une métaphore très claire : si on capture des papillons et qu’on les aligne en les clouant sur une planche pour les observer, qu’apprendra-t-on sur eux ? Au contraire, si on les observe se comporter selon leurs propres instincts et objectifs, dans un environnement qui leur est naturel, on pourra adopter la posture d’un observateur scientifique et petit à petit – réellement – les connaître.

Elle ne le présente pas ainsi mais je propose une suite à cette métaphore : si l’environnement de ces papillons est menacé, nous pourrons, grâce à ce que nous avons observé, réparer l’essentiel et leur fournir ce dont ils ont besoin, s’ils sont empêchés dans leurs actions, nous saurons comment les protéger… etc, vous avez compris 🙂

Dans ma classe en septembre, il faudrait que chaque enfant parvienne à vivre en accord profond avec lui-même…

 

2. “Au lieu de la parole, apprendre le silence ; au lieu d’enseigner, observer ; au lieu de se revêtir d’une dignité orgueilleuse qui veut paraître infaillible, se revêtir d’humilité.”

(Maria Montessori, Pédagogie scientifique, Tome 2 : éducation élémentaire)

C’est une partie sur laquelle je progresse déjà beaucoup depuis que je suis maman (plutôt, depuis que j’essaie de laisser mon fils grandir librement et en confiance…) : apprendre le silence.

  • Ne pas déranger l’enfant par d’incessantes paroles
    …que ce soit des réprimandes ou des félicitations, des encouragements, des participations à son jeu, commentaires, “assauts affectifs” (j’ai vu des bébés se faire brusquement soulever de terre parce que leur maman avait besoin d’un câlin 🙂 )…

Il y a toujours quelque chose qui pousse [l’institutrice] à conseiller les petits, à les reprendre ou à les encourager, en leur montrant sa supériorité en matière d’expérience et de culture ; tant qu’elle ne sera pas résignée à faire taire toute vanité en elle, elle n’obtiendra pas le moindre résultat.

Maria Montessori. L’enfant dans la famille.

  • Ne pas anticiper ses besoins, attendre le vrai signal 
    Parfois il s’arrête dans son activité, fait une grimace, regarde en l’air et je me dis tout de suite “il en a marre de jouer”, mais j’ai appris à attendre sans rien dire ni m’approcher… s’il arrête vraiment de jouer et commence à râler, je lui propose autre chose ou le déplace, mais parfois il attrape autre chose et replonge doucement dans la concentration, sans intervention de ma part.
    Et je remarque que ses plages de concentration s’allongent beaucoup ! Aujourd’hui nous avons déjeuné chez des amis : il a joué sur un tapis sans bruit pendant TOUT le déjeuner (à quelques mètres de notre table), à 8 mois je pense que c’est quand même chouette… je suis sûre que c’est le résultat de notre apprentissage progressif du silence.
  • Être présent(e)
    Silencieux ne veut pas dire absent. La vraie présence est utile pour de nombreuses raisons :

    • La vraie sécurité (physique et affective) et le sentiment de sécurité
      Un enfant qui tombe a besoin d’être consolé ; un enfant qui sursaute ou a peur, a besoin d’être rassuré ; un enfant qui joue seul, même, a besoin de savoir que nous ne sommes pas loin, que nous pouvons, potentiellement, venir dès qu’il nous appellera.
      J’ai remarqué aussi que dans ses périodes de jeu calme et concentré, Alban a besoin de “recharger ses batteries” de temps en temps : il tend les bras vers moi, veut que je le prenne, me fait un câlin 5 minutes, et repart ensuite sur un nouveau jeu ! Si je le laisse râler sans le prendre, il finit par pleurer et s’arrête complètement de jouer, la phase d’activité autonome est finie.
    • L’accompagnement de son activité
      Si en revanche il s’est vraiment lassé de son activité, Alban qui ne se déplace pas encore, n’est pas capable d’aller de lui-même en choisir une autre. C’est à moi de lui proposer autre chose ou de le déplacer.
    • L’observation
      Essentielle, bien sûr, pour le connaître, repérer les périodes de sensibilité qu’il traverse, savoir quoi lui proposer…

 

3. “C’est à l’institutrice de savoir distinguer l’enfant qui cherche sa voie de celui qui a fait fausse route”

(Maria Montessori. L’enfant dans la famille.)

C’est ce point qui me semble le plus difficile. La maîtresse s’efface mais ne disparaît pas. C’est elle qui reste la garante du cheminement de chaque enfant vers la concentration et le travail autonome, c’est à elle de l’engager dans des conditions favorables et formatrices. On n’abandonne pas un enfant à son sort, sous prétexte de le laisser libre.

La maîtresse doit savoir reconnaître le moment où l’attention se polarise. […] Le respect de l’activité de l’enfant qui se traduit par la “non-intervention” se justifie seulement quand un phénomène essentiel a déjà eu lieu dans sa vie : c’est-à-dire, quand l’enfant a déjà acquis la faculté de concentrer toute son attention sur un objet et de s’y consacrer, après que celui-ci a suscité son intérêt (et non sa curiosité). Le respect ne se justifie pas si les bonnes énergies enfantines sont dispersées dans le désordre. […] En aucun cas, notre méthode ne recommande le respect des défauts ou de la superficialité. […] Nous devons aider l’enfant à se défaire de ses défauts sans lui faire percevoir sa faiblesse.

Maria Montessori, L’enfant dans la famille.

 

Vaste défi !!

“Seule la pratique permet d’obtenir des résultats satisfaisants” dit-elle. Je vais donc m’y prendre de 2 manières pour me former :

  • Être patiente avec moi-même
    Je crois fermement à ce choix pédagogique, mais je ne sais pas que penser de ma “transformation”. Il est difficile de se projeter dans une nouvelle personnalité professionnelle ! Je pense qu’il faut accepter d’évoluer au fur et à mesure de sa pratique pour éviter les incohérences. Je connais ma posture actuelle d’enseignante, je sais comment rétablir l’ordre dans une classe. Je ne me priverai pas, au début, d’user de ce que je connais déjà de moi-même pour, petit à petit, changer et devenir une maîtresse silencieuse.
  • M’inspirer de ceux qui ont déjà fait cette expérience
    Il y a notamment le blog la semaine Montessori, plein d’informations précieuses, et celui, magnifique et très inspirant, de la maternelle de Gennevilliers, qui sont des mines d’or pour mettre en place la pédagogie Montessori dans une classe “normale” du public – et qui nous promettent tous les deux de nous aider encore plus cet été dans cette démarche… à suivre donc.
    Il y a aussi le forum Montessori, sur lequel j’ai découvert que nous sommes finalement assez nombreux du public à être entrés cette démarche !
    Je suis contente d’avoir ces espaces de partage pour avancer aussi grâce à la pratique des autres.

(APARTÉ) Ça me donne d’ailleurs l’impression que l’Education Nationale vit un tournant : je suis de plus en plus convaincue que ce sont les enseignants du public qui ont les cartes en main : pas le gouvernement qui ne peut que réformer par petits coups (qui sont, au mieux, inutiles…), pas les enseignants hors contrat qui excellent sûrement (et nous aident bien !) mais ne s’adressent malheureusement pas à tous… c’est à nous d’user de notre liberté pédagogique, d’interpréter les programmes à notre manière, de convaincre nos inspecteurs ! Allons enfants ! 😀

Bon en revanche (retour à mes moutons) je ne peux rien dire de ce défi d’engager chaque enfant dans la voie de la concentration et du travail autonome. Je n’ai aucun conseil à donner, aucune astuce, rien ! J’espère pouvoir vous donner un retour dans quelques mois, quand j’en aurai fait l’expérience… Et en attendant, surtout, SURTOUT, si vous avez des conseils à me donner (et aux enseignants qui passent ici), n’hésitez pas à écrire des commentaires, partageons au maximum 🙂

 

 

À très vite pour toutes ces nouvelles aventures ! J’ai tellement hâte !

 

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9 thoughts on “Devenir une nouvelle maîtresse

  1. Bonjour,
    Je découvre votre blog (recommandé par une amie) et je le trouve vraiment super. Merci de partager ainsi votre vision de l’éducation, c’est très agréable de vous lire. J’ai vraiment hâte de lire la suite de vos aventures en tentant la classe “montessori” dans l’école publique. Je suis moi même enseignante et vous réalisez un peu mon “rêve de maîtresse” en vous lançant dans de projet. Je n’ai pas de classe encore donc je vais devoir attendre pour me lancer également…
    Ce message ne contient pas de question particulière, c’était juste pour vous dire bravo , merci et vous encourager pour continuer d’écrire sur votre vie de maman et de maîtresse. Ce sera un immense plaisir de vous lire, j’aime penser que des enseignants de la fonction publique sont en marche pour une école différente.
    Morgane

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    1. Oh, merci beaucoup pour vos encouragements c’est adorable !! J’espère que vous aurez vite une classe, moi je n’avais pourtant aucun espoir pour cette année (T2 à Paris…) et finalement comme j’ai demandé une école en REP je l’ai eue… ma première classe ! J’espère aussi réaliser mon “rêve de maîtresse” mais j’ai aussi peur d’idéaliser un peu trop, ça m’étonnerait que le chemin soit pavé de roses… j’ai vraiment hâte de la rentrée pour commencer !
      Vous allez faire des remplacements courts cette année ? Je pense qu’il y a des choses à faire aussi du côté des remplacements… je ne sais pas bien quoi, mais j’aimerais bien y réfléchir un jour 🙂 (en soi je trouve que ce serait une chance pour les élèves d’avoir une nouvelle maîtresse pendant quelques temps, si on arrivait à en faire une “super parenthèse” pleine de projets… vous ne trouvez pas ?)
      En tous cas je vous retourne le “ça sera un immense plaisir de vous lire” si vous souhaitez partager votre avis sur les sujets abordés, vos désaccords sont aussi les bienvenus, et votre expérience !
      Merci encore ! Océane

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      1. Je suis T1 en Ille et Vilaine donc le poste en maternelle (mon Saint Graal), devra attendre. Dans ce département les débutants font très très très longtemps des remplacements…
        Vous avez raison, l’objectif des remplacements “parenthèse différente” pour les enfants, me semble très intéressante et me permettra d’attendre mon poste plus sereinement.
        J’ai eu un poste protégé cette année en CE1-CE2 et j’ai fonctionné tous les mercredis matin en atelier “d’inspiration montessori”. Cela m’a fait prendre conscience que je souhaitais vraiment travailler autrement, car juste une matinée par semaine ça ne me suffisait pas. J’ai eu l’impression de commencer quelque chose sans pouvoir aller jusqu’au bout (manque de matériel, manque de recul, peur de la réaction des parents et des collègues…). Je me suis gardée cette petite parenthèse tous les mercredis de l’année, cela a vraiment donné un temps de respiration pour mes élèves, une matinée souvent sereine et calme ou je réussissais à m’extraire de la pression le l’institution. L’institution, vous savez ce fantôme invisible qui pèse sur nos épaules… Bref cette pression que, je pense, nous nous mettons, en partie, tout seul.
        Je suis entièrement d’accord avec vous, je pense que le chemin que vous souhaitez prendre l’année prochaine ne sera surement pas tous les jours un enchantement, mais je suis intimement convaincue que c’est un incroyable chemin. Et de toute façon, au vu de votre blog, et de l’aperçu qu’il offre de votre état d’esprit, il faut tenter l’aventure. Même si certaines journées seront difficiles car les choses ne fonctionneront pas comme vous l’espérer, il faut garder à l’esprit que les déceptions sont, pour ma part, quotidiennes en pédagogie traditionnelle, de plus l’espoir y manque cruellement.
        Non le fonctionnement de l’école française n’est pas une fatalité, Oui il y a plein de personnes mobilisées, le changement ne viendra pas d’en haut.
        L’an prochain je prends une année de disponibilité, je pars voyager, une occasion de prendre du recul sur ma toute petite expérience. Mais je ne manquerais pas de suivre votre blog, car vos réflexions nourriront surement les miennes.
        En bref, gardez votre enthousiasme (il est communicatif car, même si je suis très très excité par mon projet de voyage que je n’échangerais pour rien au monde, je vous envie quand même de l’année que vous vous préparez à avoir)
        à bientôt
        Morgane

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  2. Bravo pour ces articles très intéressants (et tout particulièrement celui sur les signes : je crois que je vais me lancer avec mon fils de 7 mois) !
    J’ai, moi aussi, hâte de suivre tes débuts dans une classe montessorienne.
    Si tu as l’occasion de traduire quelques chapitres de l’ouvrage en anglais dont tu parles dans l’un de tes articles, j’y jeterai un oeil avec plaisir …
    Un blog que je trouve intéressant, qui pourrait peut-être compléter tes lectures, et tes reflexions :
    http://mercimontessori.blogspot.fr/ (peut-être le connais-tu déjà, il est tenu par une instit passionée de pédagogie montessorienne qui nous livre à la fois son expérience de maman de deux enfants, et son expérience de “pro” en maternelle).

    Bonne continuation, à bientôt. Camille

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    1. Bonjour Camille,
      Un grand merci pour ces compliments c’est super gentil !
      Je n’ai pas encore de retour à faire sur les signes (je les pratique toujours… mais Alban a bientôt 9 mois, commence à dire “papa”, “maman” et “agar” pour “regarde” – trop mignon 😉 – et toujours pas le moindre signe… je ferai un article dès qu’il y aura du nouveau !) (dis-moi toi aussi si ça marche !)
      OK je vais essayer de traduire au moins le dernier chapitre que j’aime bien, maintenant que le rythme des siestes reprend une allure normale… pourvu que ça dure… Je connais bien mercimontessori et j’en profite pour mettre le lien vers son nouveau site du coup : http://coquelipop.blogspot.fr car il y a notamment une super rubrique “où acheter quoi” pour le matériel !
      À bientôt ! Océane

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  3. Bonjour,
    je marche sur le même chemin que toi, à la différence que je suis sur le même poste en maternelle depuis 13 ans. Après 25 ans de péda trad, j’ai plongé dans le bain montessorien l’an dernier (un été pour tout changer !) le tout comme tu le dis, sans vague et surtout sans dire le mot M…, trois stages de formation montessori (à mes frais, début juillet) et ça repart. C’est vrai que ces nouveaux programmes s’adaptent très bien à cette pédagogie (je ne fais pas -plus-de progressions traditionnelles mais un tableau habilement intitulé : programmes 2015 et ateliers individualisés” (que je peux diffuser à condition que chacun l’améliore et le retourne aux copines !) par contre je fais des “progressions” dans mes ateliers individualisés (en langage, écriture, lecture, numération, en fait vie pratique et sensorielle casées en devenir élève et développement des habiletés motrices…) et un outil de suivi des élèves, d’abord pour eux, pour moi puis pour les parents et l’inspecteur ! Mais pas d’évaluation, simplement des observations -discrètes-pour valider en temps voulu une compétence (associer barres rouges et bleues et symboles par exemple). et je lis, je lis, je lis…bon courage à toi, à moi et à toutes celles et ceux qui ne font pas de vagues mais de belles ambiances…

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