Traduction #1 du Dr Montessori’s own handbook

Comme promis, je commence à traduire des extraits du “Dr Montessori’s own handbook” !

  • En italique, les extraits déjà en italique dans le texte original
  • En gras en revanche, les extraits sur lesquels j’ai souhaité moi-même mettre l’accent
  • Entre crochets [], des notes de traduction (ce n’est pas très académique, mais j’ai parfois eu l’impression de “diminuer” le texte lorsqu’une traduction mot à mot n’était pas possible, donc je voulais éviter de vous mettre dans l’erreur ou l’imprécision)

J’espère surtout que cela vous encouragera à lire Maria Montessori “dans le texte” : ses ouvrages ne sont pas remplaçables, pour ceux qui s’intéressent à sa pédagogie ! Et le vocabulaire, replacé dans son époque, est savoureux 😉

Bonne lecture !

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Facteurs moraux

[c’est le dernier chapitre du livre]

Une aussi brève description que celle que je viens de faire, des moyens mis en oeuvre à la “Maison des Enfants”, peut donner l’impression au lecteur d’un système d’éducation tout à fait logique et convaincant. Pourtant, l’essentiel de ma méthode ne repose pas sur son organisation mais sur les effets qu’elle induit chez l’enfant. L’enfant révèle lui-même la valeur de la méthode par ses manifestations spontanées, qui semblent révéler les lois du développement intérieur de l’homme. Les psychologues trouveront dans ces “Maisons des Enfants” des laboratoires plus fertiles que ceux reconnus jusqu’alors, puisqu’un facteur essentiel de la recherche en psychologie, surtout dans le domaine de la psychogenèse (l’origine et le développement de l’esprit) est la mise en place de conditions normales pour que la pensée se développe librement.

Comme vous le savez, nous laissons les enfants libres dans leur travail, et dans tout ce qu’ils font dès lors que ce n’est pas dérangeant. C’est-à-dire que nous éliminons le désordre, qui est “mauvais”, mais offrons à tout ce qui est ordonné et “bon” la plus complète liberté de manifestation.

Les résultats obtenus sont surprenants : les enfants ont montré un amour du travail que personne ne leur soupçonnait d’avoir en eux, et leurs mouvements sont si calmes et ordonnés que, dépassant les seules exigences d’exactitude [traduction de correctness], ils entrent dans le domaine de la “grâce“. La discipline spontanée et l’obéissance de toute la classe constituent le résultat le plus frappant de notre méthode.

Le débat philosophique, qui date de l’Antiquité, sur le fait que l’homme naisse bon ou mauvais, a souvent été mis en correspondance avec ma méthode, en général par des personnes convaincues qu’elle démontre justement la bonté naturelle de l’homme. Mais nombreux sont ceux qui, au contraire, considèrent que les enfants sont naturellement attirés vers le mal et qu’il est donc erroné et dangereux de les laisser libres [je traduis leave par laisser dans cette expression, mais il y a aussi une notion d’abandon dans le verbe leave en anglais, que je regrette de ne pas pouvoir retranscrire ici].

Mais j’aimerais replacer cette question dans un contexte plus concret.

Nous plaçons dans les mots “bon” et “mauvais” les idées les plus diverses, et nous avons particulièrement tendance à les confondre dans notre pratique auprès des jeunes enfants.

Les tendances que nous stigmatisons comme mauvaises chez les jeunes enfants entre 3 et 6 ans, sont souvent simplement celles qui nous contrarient en tant qu’adultes : sans comprendre leurs besoins, nous essayons d’empêcher chacun de leurs mouvements, chacune de leurs tentatives de faire des expériences pour eux-mêmes (en touchant à tout par exemple). Alors que c’est justement grâce à cette tendance naturelle que l’enfant est amené peu à peu à coordonner ses mouvements et à collecter des impressions, notamment des sensations tactiles : c’est pourquoi, lorsqu’il en est empêché, il se rebelle, et c’est en cette rébellion que consiste toute sa “méchanceté” [piètre traduction de l’anglais naughtiness – mot très utilisé en anglais pour décrire le comportement des enfants – on traduirait naughty par vilain plutôt…].

Il n’est donc pas étonnant, lorsqu’on lui offre des moyens adaptés à son développement et la totale liberté de les utiliser, que tout le mal disparaisse en lui, et que la rébellion n’aie plus aucune raison d’exister.

De plus, en même temps que tous les éclats de rage sont remplacés par des éclats de joie, la physionomie morale de l’enfant prend une allure si calme et douce [gentle] qu’il semble devenir un autre être.

C’est nous qui avons provoqué chez les enfants ces violentes manifestations d’une véritable lutte pour l’existence. Pour vivre selon les besoins de leur développement psychique, ils ont souvent été obligés de nous arracher tout ce qu’il leur semblait nécessaire. Ils ont dû aller à l’encontre de nos lois, et parfois se battre avec les autres enfants pour leur arracher l’objet de leurs désirs.

En revanche, si l’on donne aux enfants les moyens d’exister, la lutte pour l’existence disparaît et un vigoureux élan de vie prend sa place. Cette question se rapporte à un principe d’hygiène, lui-même en lien avec cette période – délicate pour le système nerveux – où le cerveau connaît encore une croissance rapide : les spécialistes des maladies nerveuses chez l’enfant devraient vraiment s’intéresser à cette question. La vie intérieure de l’homme et les débuts de son intelligence sont réglés par des lois bien particulières et des nécessités vitales qui, dans un objectif santé publique, ne peuvent être ignorées.

Pour cette raison, une méthode d’éducation qui cultive et protège les activités intérieures de l’enfant n’est pas seulement du domaine de l’école et des enseignants : c’est une question universelle qui concerne la famille, et qui est d’une importance vitale pour les mères.

La meilleure manière de répondre correctement à une question est de l’approfondir encore. Si, par exemple, nous voyions des hommes se battre pour un morceau de pain, nous dirions : “Ce sont de mauvaises personnes !” Si, au contraire, nous entrions dans une maison bien chauffée, à l’heure du repas, et que nous voyions ses habitants trouver chacun leur place dans le calme et choisir leur plat sans aucune jalousie les uns envers les autres, nous dirions : “Ce sont de bonnes personnes !” Il est évident que la question du bien et du mal absolus, sur laquelle nous portons un jugement intuitif et donc superficiel, va bien au-delà de ces situations. Nous pouvons, par exemple, fournir à tout un peuple des maisons confortables et de bons repas, sans atteindre directement la question de leur morale. On pourrait certes dire, en jugeant par l’apparence, qu’un peuple bien nourri est meilleur, plus calme et commet moins de crimes qu’une nation mal nourrie ; mais quiconque, de là, tire la conclusion qu’il suffit de nourrir un homme pour le rendre bon, se trompera de toute évidence.

Mais il est certain que la nourriture est un facteur essentiel pour obtenir la bonté, dans le sens où elle éliminera tous les actes vils et les frustrations dus au manque de pain.

Dans notre cas, nous parlons d’un besoin bien plus profond – la nourriture de la vie intérieure de l’homme, et de ses fonctions plus élevées. Le pain dont nous parlons est le pain de l’esprit, nous pénétrons donc le sujet délicat de la satisfaction des besoins psychiques.

Nous avons déjà obtenu des résultats extrêmement intéressants en montrant qu’il était possible de présenter de nouveaux moyens aux enfants leur permettant d’atteindre un plus haut niveau de calme et de bonté, et nous avons réussi à définir ces moyens par l’expérience. Nos résultats reposent entièrement sur ces moyens, que nous pouvons diviser en deux parties : l’organisation du travail, et la liberté.

C’est la parfaite organisation du travail qui, en permettant à chaque enfant de se développer lui-même et en donnant libre cours à ses énergies, lui procure une satisfaction bénéfique et apaisante. Et c’est dans de telles conditions de travail que la liberté l’amène à perfectionner chaque activité et à atteindre une excellente discipline : cette discipline est justement le résultat de sa nouvelle paix intérieure [traduction de calmness].

La liberté sans l’organisation du travail serait inutile. L’enfant laissé libre sans moyens de travailler gâcherait son énergie, comme un nouveau-né laissé libre sans nourriture mourrait de faim. C’est pourquoi l’organisation du travail est la pierre d’angle de cette nouvelle structure de bonté. Mais l’organisation du travail serait également vaine si l’enfant n’avait pas la liberté de l’utiliser, et si les énergies qui jaillissent de la satisfaction de ses activités, n’avaient pas la liberté de s’étendre.

Ne reconnaissons-nous pas le même phénomène dans l’histoire de l’humanité ? L’histoire de la civilisation est ponctuée des tentatives fructueuses d’organiser le travail et d’obtenir la liberté. Dans l’ensemble, la bonté de l’homme s’est développée depuis les temps barbares jusqu’à la civilisation et nous voyons que les crimes, les diverses formes de méchanceté, de cruauté et de violence ont diminué avec cette transition.

En fait, la criminalité de notre temps est comparée à une forme de barbarisme survivant dans un milieu civilisé. C’est donc à travers une meilleure organisation du travail que la société continuera à se purifier, mais en attendant il serait inconscient de renverser les dernières barrières qui la séparent de la liberté.

Si c’est là ce que nous savons de la société, les résultats auprès d’enfants de 3 à 6 ans ne peuvent qu’être exceptionnels si l’on organise complètement leur travail et leur laissons une liberté absolue. C’est pour cette raison qu’ils nous semblent si bons, comme des messagers d’espoir et de rédemption.

Si les hommes, avançant avec tant de peine et d’imperfections sur le chemin du travail et de la liberté, ont réussi à devenir meilleurs, en quoi ce même chemin pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les enfants ?

D’un autre côté, je ne peux pas avancer que la bonté de nos petits résoudra le problème de la bonté et de la méchanceté de l’humanité. Cependant, nous avons contribué à la cause de la bonté en supprimant certains obstacles qui étaient à l’origine de violence et de rébellion.

“Rendons donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu”

FIN

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