Imaginaire et imagination de l’enfant selon Maria Montessori

En lisant plusieurs articles sur Internet à propos de “l’imaginaire des jeunes enfants selon Maria Montessori”, j’ai découvert une chose : non seulement les blogs citent rarement leurs sources (pour la simple – et mauvaise – raison qu’il n’y en a pas la plupart du temps…) mais le plus fou, c’est qu’ils citent parfois comme source… d’autres blogs ! Comme le dit untel, Maria Montessori préconise d’éviter Petit Ours Brun mais adore la collection Balthazar (dois-je attirer votre attention sur l’anachronisme ? 😉 ), comme le dit tel autre, les enfants de moins de 6 ans sont incapables de faire la différence entre le réel et l’imaginaire… etc.

En lisant (et re-re-lisant) les ouvrages de Maria Montessori, je suis bien retournée à la source pour comprendre la réflexion qu’elle a eue sur l’imaginaire et l’imagination du jeune enfant, et le rôle de l’adulte dans leur épanouissement.

 

Trois clés sont essentielles selon moi, qu’on retrouve en particulier dans le chapitre “Imagination” du Tome 2 de la Pédagogie Scientifique (dont je vous conseille la lecture) (attention, j’écris ici avec mes mots, qui ne sont pas toujours ceux de Maria Montessori) :

 

1 – Nous ne devons pas confondre imagination et crédulité : en imposant le fruit de notre imagination aux enfants, nous ne leur permettons pas de développer leur imagination

Petites définitions (c’est moi qui souhaite rappeler ces deux concepts, pas Maria Montessori) :

  • Imaginaire = ce qui a été imaginé (la question à se poser est alors : par qui ?)
  • Imagination = la capacité d’imaginer

On a tendance à penser qu’on développe l’imagination des enfants en leur lisant des contes ou en leur faisant croire au père Noël… mais c’est illogique : c’est justement confondre imaginaire et imagination. Ce que nous souhaitons développer, est-ce  la capacité à accepter l’imaginaire d’un autre ( = crédulité) ? Ou est-ce la capacité à créer soi-même un imaginaire ( = imagination) ?

En imposant notre imaginaire et en jouant ainsi avec la crédulité du jeune enfant, non seulement nous mettons des barrières à leur propre élan créateur, mais nous les maintenons dans leur état d’enfant (Maria Montessori parle de leur préhistoire) au lieu de les accompagner dans leur développement. Maria Montessori fait le parallèle avec le “parler-bébé” (j’en parle aussi dans cet article), car de même, en répétant les fautes de grammaire et d’élocution de notre enfant, nous le maintenons dans son état d’enfant, si bien qu’il grandit malgré nous !

 

2 – L’enfant qui “fait semblant” est celui dont les besoins ne sont pas comblés

“L’imagination” dont on parle devant un enfant qui joue à la dinette, chevauche un manche à balai ou joue au piano sur une table en bois, est l’expression d’un besoin non comblé. Bien sûr, Maria Montessori ne propose pas d’offrir un cheval et un piano à tous les enfants du monde pour combler leurs besoins !

Mais elle affirme (et sa longue expérience pèse dans cette affirmation) qu’un enfant qui a quelque chose en sa possession, même modeste, sera plus heureux et affairé en s’occupant de son bien (une plante, du joli matériel) qu’en imaginant l’inaccessible.

 

 

3 – Eduquer les sens, c’est construire l’imagination de l’enfant sur des bases riches et solides

Pour aider l’enfant à développer sa capacité d’imaginer, il est nécessaire et suffisant (comme on dit en maths 😉 ) d’éduquer ses sens, c’est-à-dire de développer sa perception précise et nuancée de la réalité.

Tous les hommes imaginent à partir de ce qu’ils connaissent (pensez par exemple à la sirène, faite d’un corps de femme et d’une queue de poisson), donc mieux l’enfant connaît le réel, en perçoit les nuances et sait le décrire, plus son imagination sera riche et libre.

 

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Extensions

  • Concernant la littérature jeunesse, mon avis est mitigé et le sujet mériterait un article entier (je n’ai rien trouvé encore dans les ouvrages de Maria Montessori qui traite directement le sujet, mis à part ses avertissements sur les contes qu’on présente comme vrais).Les livres, de toutes façons, ne sont pas la réalité. Que le livre raconte l’histoire d’un petit garçon qui se brosse les dents le matin et fait la sieste l’après-midi, ou celle d’un lapin qui dîne en famille dans son terrier avec des assiettes en porcelaine, ces personnages n’existent pas plus l’un que l’autre et ne sont pas tangibles pour l’enfant.
    L’important, me semble-t-il, est de ne jamais duper l’enfant. On peut montrer ce que quelqu’un a imaginé, en précisant bien que c’est l’auteur qui s’est amusé : Tu crois que dans la nature, les lapins ont de petites tables dans leurs terriers pour dîner en famille ? Non, bien sûr que non, ce n’est que dans les livres. Allons voir comment est vraiment un terrier de lapin et comment ils y vivent…

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    On ne peut pas supprimer de l’environnement des enfants tout ce qui est le fruit de l’imagination de quelqu’un d’autre
    (d’une part ce serait compliqué, et d’autre part l’imagination des autres… fait partie du monde, après tout !) : selon moi, il faut donc surtout les aider à bien différencier la réalité de l’imaginaire… et à s’en amuser !

    Mais je vais continuer d’y réfléchir, et aller voir du côté de la recherche comme à mon habitude (cf. précédents articles Parler-bébé ou parler-maman et Peut-on laisser pleurer bébé ? 😉 ) pour vous livrer une réflexion plus aboutie sur la question.

 

  • Concernant les jeux d’imitation en revanche, la réponse est plutôt claire : il ne s’agit pas d’interdire à un enfant de mettre une chaussette au bout d’un manche à balai pour imaginer un cheval, mais de lui proposer des activités ancrées dans la réalité et lui permettre d’avoir de vraies choses en sa possession (enfin bien sûr, de ne pas le “rapetisser”, encore une fois, en lui proposant de jouer à la dinette alors qu’il aimerait tellement mettre le couvert pour toute la famille…)

 

Dans la suite de cet article, j’essaierai de bientôt vous parler de l’éducation des sens dans la pédagogie de Maria Montessori, car c’est également un sujet bien malmené sur Internet…

À bientôt, donc 🙂

 

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6 thoughts on “Imaginaire et imagination de l’enfant selon Maria Montessori

  1. Merci pour cet article. En tant que bibliothécaire, j’ai toujours expliqué aux enfants que les albums étaient imaginés par des auteurs et illustrateurs et que les documentaires leur permettaient de découvrir la réalité, souvent par le biais de photographies. Ce qui me dérange le plus dans les livres de jeunesse, ce sont les préjugés sexistes qui envahissent les oui-oui et petit ours brun…

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    1. D’ailleurs, j’espère que mon article ne passe pas pour un éloge de Petit Ours Brun parce que je trouve ça insipide ! 😀 (mais c’est toujours de lui qu’on parle quand on essaie de “montessoriser” nos bibliothèques 😉 c’est pour ça que j’ai mis cette image…)

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  2. La littérature de jeunesse est aujourd’hui une inépuisable source d’émerveillement et entendre des “histoires” permet aussi de se construire, de trouver de l’écho à son propre vécu. Je crois qu’avant toute chose il est de notre responsabilité d’adulte de choisir et d’accompagner les lectures que nous offrons aux plus petits. Excellent article, Merci

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