À l’école du plaisir

Voilà voilà j’arrive !

Je n’écris pas encore le mot “bonheur”, car la petite section… ça pleure !! C’est vraiment trop dur de quitter les parents ! Donc une fois passée ma propre frustration (je suis celle qui a vendu son projet sous le titre “pédagogie du bonheur“, ben je n’y suis pas encore !!) j’accepte avec douceur les séparations difficiles du matin et ne pose pas trop à mes élèves la question “tu aimes l’école ?”… car j’ai un peu peur de la réponse. Parce qu’on a beau faire tout notre possible, ils étaient soit en crèche avec les mêmes personnes depuis 2 ans et demi (80% de leur vie ?), soit dans leurs familles qui sont clairement (et heureusement !) indétrônables 🙂

Je n’écris pas “bonheur”, mais j’écris “plaisir”, quand même !

  • Parce que mon – super – assistant est formel : il n’a jamais connu une rentrée de petite section aussi paisible et avec aussi peu de pleurs (moi qui n’ai jamais connu de rentrée de petite section… tout court, je n’ai pas les mêmes repères !)
  • Parce que depuis le premier jour de rentrée, je n’ai PAS UNE SEULE FOIS crié.
  • Parce que depuis le premier jour, je n’ai jamais dit à un élève “dépêche-toi”, parce que ceux qui ne veulent pas dormir sont invités à venir en classe avec moi, même sur ma pause du midi, parce que ceux qui veulent dormir à des heures incongrues vont s’allonger même si c’est 5 min avant la sortie de classe, parce que je ne dis pas “tu es pénible” mais “tu as mangé un lion ce matin ?” et que ça les fait rire.
  • Parce que mes élèves ont compris que dans la classe on a le droit de faire ce qui nous fait plaisir ! (“Maîcresse je peux escranader la bilbinothèque ?”)
  • Parce que je m’applique la même règle et que je dévie autour de Montessori au fil de mon humeur, de mon ennui, de ma patience, de mon enthousiasme… je rejoins en cela ma Super Michèle (si vous n’avez pas encore lu son magnifique témoignage “Apprendre ne devrait jamais être une souffrance“, allez-y !) : c’est si bon de laisser une place “spéciale maîtresse” dans l’emploi du temps et pour moi c’est ART ! (et nature aussi, bientôt !)
  • Parce que les parents de mes élèves me soutiennent (la stratégie du mail hebdomadaire avec photos du petit bonhomme bien appliqué à sa peinture est clairement infaillible)
  • …parce que depuis le premier jour, donc, je suis de bonne humeur dans le train de 6h41 qui m’amène à l’école !


Ma conclusion après ces premières semaines, c’est surtout que très indépendamment de Montessori, l’école-plaisir, ah là là comme ça fait du bien !!! On a eu notre réunion de rentrée avec notre inspectrice, qui nous a demandé de sortir de notre impression d’urgence concernant les apprentissages. J’ai adoré ce conseil (qui, venant de l’inspectrice, notre n+1, s’apparente donc à un ordre 😉 ). Les enfants ont le temps de devenir des élèves, ils ont le temps d’apprendre à écrire. Ils ont aussi le temps d’apprendre à gérer leurs émotions sans qu’on dise d’eux, le 4 septembre de la petite section, “celui-là c’est un futur délinquant” (je n’ai inventé ni la phrase, ni la date). Et on n’a pas besoin d’appliquer une pédagogie de l’autonomie pour avoir cette sérénité en classe, cette souplesse de la maîtresse qui voit ses élèves fatigués à la récré du matin et leur dit “on va écouter un conte et s’allonger un peu, seulement ce qui veulent travailleront”.

Se faire plaisir, faire plaisir à ses élèves, c’est faire les 3/4 du chemin déjà. Et c’est à la portée de tous les enseignants. C’est donner à l’école une personnalité plus familiale, plus simple, plus accueillante. C’est accepter qu’il n’y ait pas qu’un seul type d’enfant “scolarisable” (l’enfant SILENCIEUX), que les autres aient autant leur place sans avoir forcément recours à des stratégies agressives, sans essayer de les “mater”. Car quand on se donne pour objectif de faire plaisir à ses élèves, il faut aussi faire plaisir à l’enfant TRÈS actif, à l’enfant TRÈS sensible, à l’enfant TRÈS impulsif, à l’enfant TRÈS maladroit, à l’enfant TRÈS lent… Il faut donc élaborer des stratégies individuelles, et pour cela, il faut observer, observer, observer, beaucoup, chaque jour, chaque enfant. Et quand on observe beaucoup, chaque jour, chaque enfant… on finit par aimer beaucoup, chaque enfant, quel que soit le jour 🙂

 

“C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante”

Antoine de St Exupéry, Le Petit Prince.

 

 

 

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4 thoughts on “À l’école du plaisir

  1. Chouette alors! C’est agréable de lire ça! Ici, la rentrée est beaucoup moins réussie! Tous mes beaux projets sont un peu tombés à l’eau avec l’arrêt de ma collègue. Difficile de gérer seule deux groupes de 26 (enfin seule, il y a quand même une remplaçante mais qui est loin de tout ça) pour créer une ambiance satisfaisante. Du coup, je repousse un peu et m’occupe déjà de mes GS-CP. Continue à nous faire partager tes petits bonheurs (plaisirs!).

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